Avec le rachat de la société belge Agilytic, Artefact veut être le consolidateur d’un secteur en plein boom.
Artefact est pressé de grandir. Le spécialiste du conseil en IA annonce ce jeudi l’acquisition d’Agilytic, un cabinet belge spécialisé dans les données et l’IA, pointu dans le secteur de la banque et assurance. C’est la quatrième opération d’Artefact en moins d’un an, après celle d’Ofi Services (intelligence des processus et de l’automatisation), et une autre en Allemagne, en cours de finalisation. «Nous faisons le pari de consolider le secteur autour de la data et de l’IA. Nous voulons devenir la référence européenne d’excellence sur le déploiement de l’IA dans les entreprises», explique Vincent Luciani, cofondateur et PDG d’Artefact, dans un entretien au Figaro. Selon lui, le déploiement est «la partie qui a le plus de valeur à l’heure actuelle».
Signe de cette valeur - et de la pression grandissante - Artefact se retrouve en concurrence frontale avec des équipes d’OpenAI, d’Anthropic ou de Mistral qui cherchent à déployer depuis plusieurs mois auprès des entreprises européennes leurs ingénieurs déployés («forward deployed engineers»), un concept inventé par Palantir. Car audelà du choix des modèles d’IA, le travail le plus essentiel - et la création de valeur attendue - vient de leur déploiement, de la construction d’agents IA performants au-dessus de ces modèles, de la formation des équipes aux outils et aux nouvelles méthodes de travail ainsi qu’à l’intégration dans les processus de l’entreprise.
Une valorisation d’un milliard
Artefact ne peut rivaliser ni par la taille, ni par d’éventuelles incitations dont jouent les éditeurs d’IA. «Notre proposition de valeur est d’être un tiers de confiance, de former nos clients pour qu’ils soient le plus indépendants possibles, en évitant de créer des barrières additionnelles». Si les entreprises ont assisté, médusées, à la coupure de l’accès au modèle d’Anthropic du jour au lendemain après la restriction décrétée par l’État américain, elles veulent surtout ne pas se retrouver pieds et poings liés par l’écosystème d’un éditeur IA, quelle que soit sa nationalité. «On propose une approche hybride qui permet de s’affranchir de ces contraintes technologiques qui deviennent un vrai problème aujourd’hui.»
La multiplication des acquisitions correspond aussi à l’accélération d’une nouvelle phase, promise depuis l’arrivée du fond de private equity Cinven comme actionnaire majoritaire, un rachat par effet de levier (LBO), qui valorisait la société 1 milliard d’euros en juillet 2025. Déjà bien implanté en France, Artefact va continuer à se renforcer par des acquisitions sur le second semestre pour étendre sa toile géographique, du continent américain à l’Asie en passant par l’Afrique.
Guerre des talents
Fort de 2500 collaborateurs, la société croule aujourd’hui sous la demande. «Nous sommes en très forte croissance. Notre enjeu sur la prochaine année, ce sont vraiment les talents, aussi bien sur les profils commerciaux que techniques», regrette Vincent Luciani, qui prévoit d’atteindre 5000 consultants d’ici à 2030. La bataille est âpre, car les grands acteurs américains ont les poches profondes, ce qui fait monter les prix.
D’ici à la fin de l’année, son chiffre d’affaires atteindra 300 millions d’euros, aux deux tiers réalisés sur le Vieux Continent, après une croissance de 30%, pour l’essentielle organique. «C’est une guerre de position à gagner dans les deux à trois prochaines années», estime Vincent Luciani. Le groupe connaît une forte traction dans le secteur industriel avec de grands clients comme Arcelor, Engie, Vallourec et beaucoup de sociétés allemandes du Mittelstand. Avec l’ambition d’atteindre les 800 millions d’euros d’ici à 2030. Il est aussi présent en Afrique, en Amérique Latine, en Asie et aux États-Unis, le pays où sa croissance est la plus rapide. Artefact y travaille notamment avec Hilton, Wells Fargo ou Vanguard. La société veut grandir tout en restant suffisamment agile pour s’adapter rapidement dans un environnement qui évolue à une vitesse folle.
«Point d’inflexion»
S’adapter, les cofondateurs d’Artefact, Vincent Luciani et Guillaume de Roquemaurel, ont démontré à plusieurs reprises qu’ils savaient faire, en pivotant déjà par deux fois leur activité. Après sa création en 2014, leur société, centrée à l’origine sur les data dans le marketing, a connu plusieurs opérations financières : une introduction en Bourse en 2017, avec la reprise du groupe coté NetBooster finalement retiré de la cote en 2021. «On a alors repositionné la société sur des sujets d’intelligence artificielle et de data» précise Vincent Luciani. Les quatre années suivantes seront consacrées, avec Ardian, à l’expansion à l’étranger. Il écrit désormais la page de son second LBO avec Cinven et prévoit encore une quinzaine d’acquisitions d’ici à cinq ans.
Artefact profite du boom de l’intelligence artificielle et de l’agentique qui bouscule la vie des entreprises quelle que soit leur taille désormais. «On est vraiment sur un point d’inflexion, estime l’entrepreneur. Je constate d’importants passages à l’échelle chez certains de nos clients, qui changent leurs processus et leurs méthodes de travail.» Les entreprises de taille intermédiaire s’y mettent aussi. Reste encore à établir les bons indicateurs financiers pour mesurer la valeur créée. Surtout que le pilotage du coût des IA devient un vrai sujet, au fur et à mesure que l’usage s’intensifie. «Il y a un enjeu très fort à ce qu’il y ait un retour sur investissement à l’échelle dans les six à douze mois, mais on n’y est pas encore pour la majorité des acteurs», conclut Vincent Luciani.