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Fiasco i-Police, une opportunité à saisir pour les PME belges ?

Fiasco I-Police, une opportunité à saisir ? Une solution "permettrait au ministre de sortir de ce bourbier"

La rupture du contrat controversé entre Sopra Steria et l'État belge pour moderniser sa police remue le secteur des PME alors que le ministre Quintin veut "des plus petits projets", entend-on.

HUY

Il ne faut jamais gâcher une bonne crise. Après le fiasco de la modernisation de la police belge et du contrat cassé avec l'entreprise française Sopra Steria, un marché s'ouvre pour les acteurs belges.

Parmi eux, on retrouve la PME wallonne Timi, qu'on a, par ailleurs, eu l'occasion de croiser dans les allées du salon de la Défense mi-mars.

"On a des discussions, on doit avoir un appel avec le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin fin mars", lance Thomas Van Heugen, directeur des ventes de l'entreprise spécialisée dans la programmation et la gestion de données basée à Ath.

"Les politiques sondent le secteur pour trouver des solutions raisonnables, vu le "fiasco" Sopra Steria", précise-t-il d'emblée. Rappelons que l'entreprise Sopra Steria avait décroché un contrat à 300 millions d'euros en 2021, et 75,9 millions d'euros ont déjà été dépensés mais le ministre de l'Intérieur a préféré suspendre le contrat, avançant un manque de résultats et sur fond d'accusation de conflit d'intérêts

"On ne se positionne pas individuellement car ce n'est pas possible pour une PME de reprendre tout ce dossier. Mais on a des discussions, comme avec l'entreprise Agilytic, pour proposer quelque chose d'autre", avance Thomas Van Heugen.

"Contrairement à ce qu'on peut lire parfois, Sopra Steria n'a pas rien fait. Mais l'entreprise s'est attaquée à la partie invisible des données de la police."

"Attention, contrairement à ce qu'on peut lire parfois, Sopra Steria n'est pas restée sans rien faire. Mais l'entreprise s'est attaquée à la partie invisible des données de la police. Et le paysage est très fragmenté, c'est une tâche lourde. Il faut inventorier tout ça", tient-il à préciser.

Selon lui, les autorités sont toujours en train de numériser des données datant des années 1990, avant même la réforme ayant mené à la fusion de la police et de la gendarmerie. Un chantier conséquent.

"On veut proposer d'avancer par petits pas mais avec des résultats visibles, avec des phases tous les deux à quatre semaines et des livrables réguliers. Ce qui permet de progresser à un rythme humain et adapté, et pas imposer une grosse machine d'un coup", poursuit-il. Car, selon lui, c'est aussi ça "l'erreur" de Sopra Steria : imposer un nouveau système, un gros paquebot, difficile à adopter.

"On a tous déjà vécu un moment où se voit imposer un outil et tout change. Et avec un mammouth comme la police, c'est un challenge incroyable."

"Ce n'est jamais idéal humainement de tout bouleverser. On a tous déjà vécu un moment où on se voit imposer un outil et tout change. Et avec un mammouth comme la police, c'est un challenge incroyable", étaie-t-il. "On a assez peur d'avoir des gens découragés, des gens résistants, qui ne veulent pas de changement. C'est ça, le plus gros frein pour l'adoption d'un outil", explique-t-il.

"Le but n'est pas de transformer toute l'infrastructure et les outils. Certains fonctionnent bien. Les agents les maîtrisent. Notre idée est de structurer la base de données nationale, qui est déjà massive. On ne changerait pas l'interface pour faire des PV, par exemple, mais on faciliterait le processus, avec un développement simple. Le pire ennemi pour faire avancer un projet, c'est la frustration. Si on crée une armée d'insatisfaits chez les agents, le projet sera voué à l'échec", renchérit-il.

De l'expérience avec la police de Bogota

Un développement simple et adapté aux retours du terrain permettrait "au ministre de l'Intérieur de sortir de ce bourbier", glisse le directeur des ventes. "Et, cerise sur le gâteau, on équipe déjà la police de Bogota, en Colombie. On a des systèmes de prédiction qui utilisent des données récoltées via les caméras, les appels radio des patrouilles sur le terrain, etc. Cela permet d'avoir une vue en temps réel sur ce qu'il se passe ou même anticiper sur plusieurs jours en cas de festivités, par exemple", ajoute-t-il.

Et la police conserve-t-elle la mainmise sur ses données ? Alors qu'on reproche souvent aux géants de la tech de profiter des données générées par les clients pour en tirer profit.

"Les programmes vendus sont totalement autonomes. On édite des logiciels mais on laisse la mainmise aux clients", précise-t-il. En résumé, les clients sont, selon lui, maîtres de leurs données. Et si Timi fait du "machine learning" pour développer ses modèles, c'est sur base de ses propres données, ses algorithmes ou des données accessibles publiquement.

En langage "geeks", Timi précise que son machine learning, soit le fait pour les machines d'apprendre et d'évoluer, fonctionne chez eux via un cocktail de régression linéaire, de réseau de neurones et d'arbres de décision. "On fait un cocktail différent selon les cas. C'est notre secret."

"On joue des coudes, comme tout le monde. Et on arrive avec des briques technologiques abouties. On n'a pas une solution complète solo mais on a de quoi construire une solution de manière souveraine, à plusieurs, et 100 % belge. On travaille aussi avec Phoenix AI, par ailleurs. La faculté de garder tout en souverain et de traiter des volumes de données si importants est primordiale et on sait le faire", précise-t-il, avant d'ajouter que l'administration française serait également intéressée par un outil de prédiction sur la gestion des frais.

Le potentiel conflit d'intérêts de la ministre

Pour rappel, la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD & V), a été pointée du doigt en février pour des questions de possible conflit d'intérêts dans le dossier Sopra Steria. C'est en effet sous son autorité, alors qu'elle était ministre de l'Intérieur sous la Vivaldi, que l'entreprise française avait été retenue par le gouvernement belge en 2021 pour mener la modernisation et la numérisation de la police dans le cadre du projet I-Police lancé en 2017. Or, Annelies Verlinden avait été avocate pour Sopra Steria en 2019. Elle s'est défendue la semaine dernière en affirmant avoir pu "juger en toute objectivité", ajoutant que, lorsqu'elle a pris ses fonctions ministérielles, "les négociations avec l'entreprise étaient déjà en cours depuis des années."

Sopra Steria a, quant à elle, dénoncé la "cabale" politique contre elle et a dénoncé les renoncements politiques qui auraient davantage nui au projet qu'un potentiel manque d'efficacité. Ce qui circule "ne reflète pas la réalité du programme" et "porte atteinte à la réputation de l'entreprise" ainsi qu'à "l'intégrité professionnelle" de ses équipes, avait-elle affirmé.