Pur produit des écoles de commerce, Julien Theys a mené toute sa carrière dans le secteur des technologies, des médias et des télécoms. Il y a dix ans, partant d’un constat alors qu’il était gestionnaire de programme en télécommunications pour la fidélisation des clients, il a décidé, avec son cofondateur, Christophe Robyns, de lancer sa propre entreprise, Agilytic, à Liège, en Wallonie. Le Lien MULTIMÉDIA l’a rencontré alors qu’il était de passage à Montréal dans le cadre de MTL connecte, où il a donné un atelier sur l’IA accessible aux PME.
« Mon cofondateur est scientifique des données et nous nous demandions pourquoi tel client nous quittait pour aller vers la concurrence, explique Julien Theys. Et, à un moment donné, l’ampoule s’est allumée et nous nous sommes dit que ce que nous étions en train de réaliser en télécom pour la fidélisation des clients, nous pouvions en fait l’effectuer pour n’importe quel problème. Dans n’importe quelle industrie, il suffit d’avoir du bon sens, de partir d’un problème, d’utiliser les données et le numérique pour essayer de résoudre un problème. » Depuis dix ans, Agilytic vise donc à résoudre les problèmes avec des données, de l’intelligence artificielle et du numérique.
Les technologies ont toujours existé, avance-t-il, mais les technologies modernes sont devenues beaucoup plus abordables et accessibles. Jusqu’à tout récemment, les compétences n’étaient réservées qu’aux grandes sociétés. Or, le postulat que défend Julien Theys est qu’il existe toute une série de capacités accessibles aux PME, à condition de s’y prendre correctement. Et il s’agit de quelque chose qui mérite d’être défendu et d’être expliqué, parce qu’en fait, il y a un énorme coût à ne rien faire.
« Indépendamment des effets de mode, il y existe vraiment des impacts concrets que n’importe quelle PME peut commencer à aller chercher, dit-il. Pour la PME, il ne s’agit pas d’essayer de s’improviser expert technique ; cela peut être très rébarbatif. Nous leur répondons qu’on ne demande pas d’être expert en données, mais d’avoir la clarté de vision pour voir où l’entreprise veut aller. »
Comme point de départ, la PME doit connaître ses priorités stratégiques, les processus métiers et les goulots d’étranglement. Il faut commencer à prendre le constat stratégique et les ambitions des dirigeants de PME. Une fois que le dirigeant arrive à formuler clairement la passerelle entre le goulot d’étranglement, le projet d’IA devient beaucoup moins complexe qu’on ne le pense. En réalité, le problème est rarement technologique. Dans 90 % des cas, il se trouve dans la formulation des besoins, qui est absente. Une fois cette étape franchie, les prochaines étapes sont relativement simples et, avec un peu de discipline, on peut y arriver facilement.
On confond souvent intelligence artificielle avec robot conversationnel. « Nous avons l’habitude d’avoir ce type d’approche auprès des dirigeants de PME, explique Julien Theys. Et ce n’est pas leur faute, parce qu’on leur martèle cette logique de ChatGPT et de chatbot (robot conversationnel). IA n’égale pas chatbot. Dans 50 % des cas, il n’y a pas que l’IA qui peut résoudre le problème. On confond aussi automatisation des entreprises et IA. Nous disons aux dirigeants que l’intelligence artificielle va pouvoir leur permettre d’accomplir de l’automatisation, mais ils auraient pu y arriver il y a 10 ans. »
Il faut séparer la logique d’automatisation et la logique de prise de décision de l’interface, estime le spécialiste. L’interface d’un robot conversationnel n’est qu’une façon d’interagir avec des systèmes intelligents. Et effectivement, le gros effort qui doit être déployé dans l’accompagnement, c’est de dire que certains cas d’usage vont nécessiter une interface de robot conversationnel, mais d’autres cas d’usage ne nécessitent aucune interface. « En revanche, il demeure essentiel de fournir à son équipe, à ses employés, une IA généraliste, poursuit Julien Theys. On doit leur donner des capacités de recherche généralistes et, si on ne les forme pas, ils iront faire leurs recherches en dehors des systèmes de l’entreprise et, ça, ça va être encore pire ! Ils vont aller utiliser ChatGPT, mais à l’insu des dirigeants, ce qui peut entraîner des conséquences catastrophiques. Il faut leur donner un équivalent pour qu’ils puissent formuler des requêtes au quotidien tout en les gardant dans un environnement contrôlé. »
Agilytic compte aujourd’hui une trentaine de personnes et a 300 projets à son actif. Lorsqu’elle a commencé ses activités il y a dix ans, les gens se montraient méfiants, dubitatifs face à l’IA. Mais, croit Julien Theys, le cap est passé et les appréhensions aussi. Les entreprises deviennent de plus en plus ouvertes à entamer un processus pour intégrer l’IA. « Nous avons la chance que les affaires aillent relativement bien du côté européen, note-t-il. Personnellement, j’ai étudié au Québec il y a un quart de siècle, j’ai donc des affinités ici. Je suis revenu pour la première fois l’année dernière pour essayer de comprendre un peu la dynamique du marché. Nous venons à Montréal en toute humilité, sans urgence, nous cherchons à bien faire les choses plutôt que vite. Cette année, nous venons chercher une connaissance du marché, un ressenti. Ma conviction demeure qu’il faut nous entourer de gens établis ici et ils vont devenir partenaires de notre expertise. »